Sur le toit du monde

(Je tente d’être plus lyrique dans cet article, ne m’en voulez pas si mon style est… approximatif).
Quand on parle de l’Himalaya, tout de suite, ça sonne comme une aventure mystique. Et c’est exactement ce que j’avais en tête quand j’ai posé le pied à Katmandou. Une ville qui grouille, qui vit, qui hurle. Les klaxons sont une langue à part entière ici. Entre les taxis brinquebalants, les rickshaws qui slaloment comme des abeilles, et les vendeurs qui te proposent des pulls en yak par 30°C, c’est une claque immédiate.
J’ai pris deux jours pour me perdre dans le dédale des ruelles de Katmandou et des environs. Des temples surgissent à chaque coin de rue, les odeurs de curry se mélangent à celles d’encens, et les marchands tentent de te vendre des faux North Face comme s’ils venaient d’inventer la montagne. J’ai fini par m’asseoir dans un petit café sur un toit-terrasse, sirotant mon thé trop sucré en admirant la vue.




Ensuite, direction Pokhara, le vrai début de l’aventure. Le bus local, c’est quelque chose. Plus de 9 heures de route cabossée, avec le vide qui se précipite sur ta droite à chaque virage, et une sono qui balance des tubes népalais en boucle. Une poule en liberté dans l’allée, des randonneurs qui somnolent et des locaux qui t’observent avec curiosité. Et puis, quand enfin la route s’adoucit, le lac de Pokhara apparaît comme une promesse de calme.
Vers Poon Hill (3 210 m)
Le trek commence tranquillement. Le sentier serpente entre rizières en terrasse et flancs de collines abrupts, ponctué de chèvres curieuses et des gamins. Les maisons s’accrochent aux pentes comme des nids : murs de pierre, toits en tôle, linge qui sèche au vent. À chaque passage, des familles me saluent d’un « Namaste » chaleureux.


Les escaliers de pierre se succèdent. Mon souffle se raccourcit gentiment, mes jambes s’alourdissent. Au détour d’un virage, le paysage me happe : face à moi, les premiers sommets enneigés surgissent. Le jour suivant me rapprochera d’eux. Je dors dans des lodges modestes, toujours réchauffé par le poêle à bois et du thé au gingembre brûlant. Un trekkeur allemand me raconte qu’il a failli se faire charger par un yack. Me voilà prévenu.




Le matin du 3ème jour, je me lève dans la nuit noire et glacée. Frontale vissée sur le front, je grimpe en silence, guidé par le faisceau tremblant de ma lampe. Arrivé en haut, j’attends. Le froid me mord, mais je ne bouge pas. Et puis, lentement, le ciel s’ouvre. Le rose gagne l’horizon, les géants apparaissent un à un : Dhaulagiri, Annapurna Sud, Machhapuchhare. Je reste figé. Mains gelées, cœur gonflé. Tout est calme, sacré. Même le vent semble s’être arrêté. Je ne verrai sûrement pas de plus beau lever de soleil de toute ma vie.




Vers le camp de base de l’Annapurna (4 130m)
Avant de repartir, je fais une halte momos (les raviolis vapeur népalais), servis avec une sauce pimentée maison. L’ambiance est simple, chaleureuse. Je rigole avec d’autres randonneurs, chacun partage ses petites galères et grands émerveillements.
Les jours suivants, je reprends l’ascension. Les villages deviennent plus rares, les maisons plus rudimentaires. Et à partir de 3 500m, chaque pas devient plus lent, plus lourd. L’Annapurna se rapproche. Il ne s’impose pas, il se révèle comme une immense muraille de glace.
Et puis, enfin, j’arrive au camp de base.





Tout est là. Le vent, le froid, les drapeaux de prière qui claquent dans l’air rare, les visages fatigués, les silences. Personne ne parle vraiment. Je suis ailleurs. Entre ciel et roche. Je pense aux dingues qui tentent l’ascension de cette forteresse chaque année (et qui n’en reviennent souvent pas).
Le lendemain, je redescends à contrecœur. Mon corps va plus vite que mon esprit. Sur le chemin, des enfants courent entre les pierres, un vieil homme retape son toit avec des brindilles, les montagnes m’observent, indifférentes et immuables. Je ne suis que de passage ici.
Avant de repartir vers Katmandou (cette fois en avion), je m’attarde sur une dernière vue des maisons colorées de Pokhara, accrochées à flanc de colline. Une brume douce recouvre les hauteurs. Mon cœur est resté là-haut, quelque part entre les marches sans fin et les silences blancs du matin.



